Quelques considérations générales.
Quel but poursuivez-vous donc avec votre consultation médico-pédagogique? C'est une question qui m'est souvent posée et à laquelle je réponds à peu près dans les termes suivants: Une consultation médico-pédagogique sert à trouver pour l'enfant anormal, difficile, incompris ou malade la forme d'éducation qui permet un développement plus normal de sa personnalité, à le soigner médicalement s'il y a lieu ou à lui donner le traitement psychique dont il aura besoin.
La tâche d'une telle consultation est double. Elle consiste 1° en l'établissement d'un diagnostic (quelles sont les causes qui ont contribué à faire de cet enfant un enfant difficile?), 2° en un pronostic (quelles sont les possibilités de développement de cet enfant?). Car ce qu'on demande à une consultation médico-pédagogique, ce n'est pas seulement la compréhension d'un status actuel, ce sont, dans une beaucoup plus forte mesure, des directives pour l'éducation de l'enfant en question. Il faut que nous connaissions l'enfant suffisamment bien pour être à même de donner des conseils éducatifs bien fondés qu'on ne sera pas obligé de modifier à tout moment, car, autant que possible, il faut éviter de procéder par tâtonnement lorsqu'il s'agit d'éducation.
Inutile de dire que c'est une tâche pédagogique difficile entre toutes. Elle exige une pénétration rapide et une compréhension objective de situations souvent fort complexes et délicates. N'oublions pas que, dans notre travail, nous touchons souvent aux points les plus sensibles de la vie familiale (conflits entre les parents; inconduite; alcoolisme paternel; maladies vénériennes, etc. etc.). Combien de fois nous constatons que ce sont les parents qu'il faudrait soigner plutôt que l'enfant!
Selon le caractère de la consultation, la composition de sa clientèle variera considérablement. Ainsi dans une consultation officielle (en général en rapport avec les autorités scolaires), on verra avant tout des cas d'indiscipline scolaire, de vagabondage, de négligence paternelle, d'abandon moral, tandis que dans une consultation privée comme celle de l'Institut J.-J. Rousseau, on a surtout l'occasion d'étudier les difficultés éducatives qui se manifestent à la maison (jalousie entre frères et sœurs, indiscipline familiale, énurésie, bégaiement, etc. etc.). La consultation officielle a l'avantage de pouvoir imposer ses recommandations — si c'est vraiment un avantage — tandis que le succès d'une consultation privée dépend entièrement des rapports que ses collaborateurs seront capables d'établir entre eux et les parents. Mais dans les deux consultations le travail ne sera efficace que lorsqu'on aura réussi à gagner la confiance et, par conséquent, la collaboration des parents et de l'enfant.
Les méthodes d'investigation varieront d'une consultation à l'autre selon l'école psychologique à laquelle appartiennent les collaborateurs. Cependant, tant différent que soit le crédo scientifique des uns et des autres, il me semble qu'ils sont tous unanimes à reconnaître que, pour faire du bon travail, il faut connaître aussi bien le milieu familial et scolaire que l'enfant lui-même.
Pour terminer je résumerai en deux mots les principes selon lesquels nous orientons le travail de notre consultation médico-pédagogique de l'Institut J.-J. Rousseau:
1° La base de notre travail, c'est la psychologie de l'enfant normal.
2° Nous ne sommes pas des exclusifs, mais des éclectiques et pour expliquer les difficultés que présentent nos petits clients nous nous inspirons des sources les plus diverses.
3° Il n'y a pas de petit cas. Tant insignifiant qu'il soit d'apparence, le «petit cas» demande à être étudié à fond. Autant qu'un cas d'un aspect plus dramatique, le «petit cas» peut être la manifestation d'un dérangement psychique profond.
4° Nous ne comprenons pas l'enfant tant que nous n'avons pas compris ses relations avec son entourage. Notre principe, c'est de comprendre «l'enfant tout entier dans sa situation toute entière».
5° La collaboration entre le médecin et le psychologue s'impose. De nombreux cas d'apparence purement éducatifs se sont révélés comme étant des cas médicaux, dans lesquels un traitement médical a amené une amélioration sensible. Je pense surtout aux nombreux indisciplinés atteints d'hérédo-syphilis et aux enfants «nerveux» ou alors «paresseux» dont la plupart souffrent d'une maladie du système nerveux.
Marguerite Loosli-Usteri, chargée de cours à l'Institut J.-J. Rousseau, Genève.