Un moyen de dépistage et de traitement des névroses infantiles.
C'est un fait courant que d'entendre des rééducateurs d'enfants difficiles se plaindre que les cas leur sont confiés trop tard, alors que des déformations morales déjà anciennes, ou des névroses bien établies, rendent une réadaptation à la vie normale extrêmement lente et difficile. Parfois même les déviations psychiques de l'enfant sont si accusées, qu'elles tiennent en échec toute action éducative.
C'est de cette constatation qu'est née l'idée d'organiser des services spécialement destinés au dépistage précoce des troubles nerveux de l'enfance. Les Child-Guidance clinics des Etats-Unis et de l'Angleterre, le Service d'observation de la ville de Genève, le Service médico-pédagogique valaisan, etc., s'emploient à prévenir la délinquance juvénile et la névrose grave, en redressant chez l'enfant, dès qu'elles se manifestent, les attitudes de révolte, les idées erronnées, qui font de lui un être désadapté à la vie sociale.
Créé en novembre 1930, le Service médico-pédagogique valaisan dépend officiellement du Département de l'Instruction Publique qui l'a recommandé aux autorités scolaires locales, et lui alloue un subside annuel. Par ailleurs, il est rattaché directement à la Maison de Santé cantonale du Valais, où les cas purement psychiatriques reçoivent un examen approprié.
Notre Service diffère des organisations similaires en ce qu'il soigne les enfants par consultations, sans les hospitaliser. L'absence d'une maison d'observation, où nous pourrions recevoir quelques cas particulièrement complexes, est sans contredit une lacune, que nous avons l'espoir de combler d'ici quelques années. Cependant, cette lacune n'est pas préjudiciable comme on pourrait le supposer au premier abord. En soignant par consultations des enfants demeurant dans leur milieu familial et suivant leurs classes, nous réalisons deux avantages. Le premier, d'ordre psychologique, tient au fait que l'enfant ne se trouve pas momentanément dans des conditions de vie plus faciles, mais reste aux prises avec ses difficultés habituelles, ce qui permet de les analyser avec lui, et de l'aider à s'y adapter. Le second, d'ordre financier, ne doit pas être négligé non plus, puisqu'il permet le traitement d'un grand nombre d'enfants avec un budget relativement réduit.
Lorsqu'un enfant nous est signalé, soit par un membre du corps enseignant, un directeur d'orphelinat, soit parfois par la police, nous entrons immédiatement en rapport avec ses parents, tant pour obtenir d'eux les renseignements qui nous sont utiles que pour faire appel à leur collaboration. Nous entreprenons ensuite le traitement psychologique de l'enfant, traitement tout individuel, inspiré des données de la psychanalyse. L'enfant vient au Service deux à trois fois par semaine, pendant une durée qui varie naturellement avec chaque cas. Certains conflits sont très rapidement résolus, d'autres exigent plusieurs mois d'étude.
Au point de vue médical les enfants qui nous sont confiés continuent à recevoir les soins des médecins scolaires, avec lesquels nous restons toujours en rapport. Seuls les cas relevant de la neurologie ou de la psychiatrie sont examinés par les médecins de la Maison de Santé de Malévoz.
Les résultats obtenus pendant ces deux premières années d'activité sont encourageants. Nous évaluons à 65 % la proportion des enfants dont l'état psychique a subi une amélioration sensible. Ce sont généralement des enfants présentant des troubles du caractère ou de la conduite (enfants peureux, timides, méfiants, ou révoltés, agressifs, cruels, petits voleurs, précoces sexuels, etc.) ou d'autres symptômes nerveux tels que tics, idées obsessionnelles, énurésis, etc. Si les troubles auxquels nous avons à faire sont très variés, leurs origines sont souvent identiques et résident avant tout dans les défectuosités du milieu familial ou scolaire. Aussi estimons-nous qu'une part de notre activité — et non la moins importante — doit consister à éclairer parents et éducateurs sur les problèmes les plus courants de la psychologie infantile.
Les expériences faites tendent à prouver qu'en combinant un traitement approfondi de l'enfant avec une action éducative du milieu, il est possible de rendre à la vie normale de jeunes candidats à la névrose ou à la délinquance.
Mlle G. Guex, Directrice du Service médico-pédagogique valaisan.